(Français) Acte IX: « Le vote »
Le rattachement du Comté de Nice à la France

Le matin du 15 avril 1860, on vit descendre des collines niçoises des cortèges de paysans, curés et syndics en tête.Les femmes portaient leurs vêtements de fête, les hommes arboraient sur leur blouse des cocardes aux couleurs françaises.
Ces femmes, ces jeunes filles, ces enfants accompagnaient leur époux, leur fils, leur père participer au plébiscite pour le rattachement à la France. On assista à la messe avant d’aller voter, non seulement, c’était dimanche, mais c’était dimanche de Pâques. Le clergé niçois donna ses dernières recommandations : « Votez pour la France. »
L’engagement du clergé pour la France résultait de l’attitude anticléricale du gouvernement de Victor-Emmanuel II. Le roi de Piémont-Sardaigne ne portait pas dans son cœur ni les prêtres, ni les jésuites et encore moins le Pape. À Nice et dans le Comté où les sentiments religieux étaient très forts, ce genre d’animosité ne pouvait être que mal vu.
Après la messe, les Niçois se rendirent au Collège National (l’emplacement de l’actuel lycée Masséna) où se déroulaient les opérations de vote, la file était longue mais la bonne humeur régnait, les fifres et les tambourins résonnaient.
Ils ont dit oui
Des paniers en sortaient la truccia (ndlr: omelette de blettes), les tomates, les anchois et les cruchons de vin. Une fois leur devoir accompli, des groupes se formaient et parcouraient la ville toujours avec les fifres en tête. Malgré l’interdiction, quelques drapeaux français surgiront. La journée se passa dans le calme. Pour les résultats officiels il fallut attendre le lendemain dans la soirée.
Le lendemain 16 avril, il était environ sept heures du soir quand enfin on proclama les résultats, les chiffres furent inscrits sur un grand écriteau. Des chiffres écrasants en faveur du « oui » : 6810, les « non » recueillaient 11 voix, les nuls 25, les abstentions 1072. Pour le Comité national de Nice qui avait prôné l’abstention, c’était un échec.
Environ 10000 personnes massées sur le quai Saint-Jean-Baptiste traversèrent le Pont Neuf qui enjambait le Paillon pour se rendre devant l’Hôtel de France, quai Masséna (actuelle avenue de Verdun) et acclamaient le sénateur Piétri, le représentant officiel de la France. Puis, ce fut au tour du Niçois Louis Lubonis de recevoir dans sa maison du port les acclamations de la population, ce qui le consola des brimades de Cavour. Après tout, il avait eu raison : Nice aimait la France.
On chanta, on dansa à la lueur des torches. Dix jours plus tard, furent connus les résultats du vote dans toutes les communes du Comté : 25743 oui ! Ce résultat n’est pas contestable et il ne le sera jamais sérieusement. Il ne restait plus qu’à entériner le vote, ce qui fut fait devant les magistrats lors d’une séance solennelle de la Cour d’appel.
Les paroles de Cavour
Le débat sur le traité d’annexion s’engagea le 25 mai devant le Parlement de Turin. Cavour, l’un des plus grands politiques du XIXe siècle devait y prononcer un discours d’actualité. Aujourd’hui où revient d’une façon récurrente la question de Nice française ou italienne , ces paroles méritent d’être citées :
« La nationalité d’un peuple ne se constate point par des arguments philosophiques, par des recherches trop savantes, c’est un fait qui appartient au sens commun et que chacun peut apprécier. Nos États, Messieurs, comptent deux villes de Nice : l’une en Piémont qu’on appelle Nice-de-Montferrat, l’autre au bord de la mer, et que tous dans notre jeunesse au moins nous avons habitué (sic) à nommer Nice-en-Provence. »
« J’ai habité Nice ; j’ai reçu une grande quantité de lettres dont la suscription portait Nice-en-Provence. Cette locution serait-elle devenue populaire si Nice était une ville italienne ? Mais quel est l’indice le plus concluant de la nationalité ; c’est la langue. Le langage niçois n’a qu’une analogie lointaine avec l’italien. »
« Quand on parcourt la rivière (sic) de Gênes, on y trouve la langue italienne dans ses diverses modifications jusqu’à Vintimiglia. Au delà, il y a comme un changement de scène ; c’est toute une autre langue. Je ne conteste pas qu’à Nice les gens bien élevés ne sachent l’italien, mais dans la vie ordinaire c’est le provençal ou le français qu’ils parlent.»
« Un assez grand nombre de nos anciens collègues, les députés niçois parlaient italien, il est vrai, dans cette Chambre mais, remarquez-le, ces députés étaient d’anciens employés, des membres du barreau ou de la magistrature familiarisés avec la langue italienne par leurs occupations.
« Je puis assurer la Chambre que tous les députés niçois avec lesquels j’ai eu des conversations particulières se sont toujours servis de la langue française. (…) Cela serait-il arrivé si Nice eut été véritablement italienne ? »
Tout est dit et bien dit.
Dernier acte : « 14 juin, on hisse le drapeau »
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