(Français) Acte VII – « L’homme à la chemise
Comment Nice est devenue française : Acte VII – « L’homme à la chemise rouge »

Trois personnalités importantes de l’histoire du XIXe siècle ont joué un rôle prépondérant dans le bouleversement qui a conduit Nice à devenir française.
Nous en avons déjà connu deux : Napoléon III, le « Sphinx » comme le surnomme le second protagoniste, Cavour, président du Conseil du roi Victor-Emmanuel, Cavour le machiavel, joueur d’échecs. Le troisième homme est à l’opposé des deux autres, c’est un aventurier, un condottiere, un intégriste républicain qui pour la victoire d’une cause supérieure (l’unité de l’Italie) a servi un roi la plus grande partie de sa vie. Paradoxe douloureux pour cet homme obligé de mettre en accord ses convictions et son devoir. Ce ne fut pas toujours facile.
Giuseppe Garibaldi est né à Nice dans une maison du port Lympia en juillet 1807. À l’époque sous le premier Empire, Nice était française mais de cette présence « étrangère », l’enfant du port ne fut pas touché. Avec les dockers et les pêcheurs il parlait le niçois. Puis il tourna les yeux vers l’Italie, cette Italie qui n’existait pas et qu’il contribuera à faire naître. Il fit partie de la plupart des complots révolutionnaires ce qui le conduisit en prison d’où il s’enfuit pour gagner l’Amérique latine où, Che Guevara avant la lettre, il mène la lutte avec une poignée de volontaires contre les tyrans locaux.
Le « héros des deux mondes », comme désormais on l’appelle, retourne en Italie à temps pour participer aux côtés du roi Charles-Albert (le père de Victor-Emmanuel) à la guerre de libération contre l’Autriche. Les troupes piémontaises seront vite écrasées.
Garibaldi continue sa guerre tout seul. C’est durant ces combats meurtriers et inutiles qu’il perdra sa femme Anita. Enceinte, elle ne supporte pas la fuite devant les troupes françaises venues défendre les États du pape. Cette disparition va conditionner chez Garibaldi le sentiment de méfiance envers la France et à l’encontre de Louis-Napoléon.
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Nice n’est plus la même
Quand le « héros des deux mondes » retrouve Nice, il n’y est pas venu depuis quinze ans, la ville a changé. Sa « petite patrie » s’est transformée en cité accueillant ceux que l’on n’appelait pas encore des touristes mais de hivernants. Dans les salons on ne parle que de Paris et de la France, les Niçois sont déçus par la politique de Turin, la progression de la langue niçoise est un désaveu de la volonté d’hégémonie italienne. Ce changement, Garibaldi ne le voit pas ou plutôt il le refuse, attaché à la ville heureuse de son enfance. Toute rupture apparaît impossible à son esprit et insupportable à son coeur, comme l’écrit Max Gallo : « Il ne sent pas la ville comme un facteur d’histoire, comme projet. »
À la fin de l’année 1859, avec l’union des provinces de l’Italie centrale, il ne fait plus aucun doute, la Savoie et Nice seront cédées à la France. Giuseppe envoie au roi des messagers pour témoigner son incompréhension. Victor-Emmanuel lui répond : « Dites au général qu’il ne s’agit pas seulement de Nice, mais aussi de la Savoie. Dites-lui aussi que si moi, j’abandonne le pays de mes ancêtres, il peut plus facilement que moi abandonner le sien où lui seul est né. »
Garibaldi obstiné se présente les 25 et 27 mars 1860 à Nice aux élections du Parlement de Turin. Élection ubuesque puisque la date du plébiscite est fixée au 15 avril et que le résultat selon toutes probabilités ne fait aucun doute. Garibaldi est élu mais 75 % des électeurs se sont abstenus.
À Turin à la Chambre des députés, le 12 avril, trois jours avant la date fatidique, il accuse Cavour de vouloir mettre le traité d’annexion en exécution, avant de l’avoir soumis au Parlement. Grosse colère de Cavour qui est obligé d’accepter un ordre du jour qui change la formulation des textes mais en aucune façon les faits : la votation aura bien lieu le 15 avril.
Garibaldi dépossédé de son recours crée un « Comité pour Nice » dont le but avoué est de débarquer sur les rives de la Baie des Anges, de s’emparer des urnes et de les brûler !
Tentation sans suite. « Tout m’écrase et m’atterre. Mon âme est en deuil que dois-je faire ? » écrit-il.
Le destin veille, Garibaldi, à peine un mois plus tard, va entrer dans la légende avec l’expédition des « Mille » en Sicile.
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