(Français) -Acte 3 : l’attentat

 

Le bilan de l’attentat aura été terrible : douze morts et plus de cent cinquante blessés. DR

Il y a 150 ans était signé le traité de Turin qui scellait le rattachement du Comté de Nice à la France. Pour vous faire revivre cette riche page de l’Histoire de France nous avons proposé à l’écrivain Raoul Mille de prendre la plume pour les lecteurs de Nice-Matin. Il a accepté. Chaque dimanche pendant 10 semaines, nous vous invitons ainsi à retrouver son récit qui, en autant d’épisodes, va passer en revue tous les temps forts et les détails du rattachement. Une délicieuse page d’Histoire, de culture et de lecture, à conserver précieusement.

Le 14 janvier 1858 au soir, l’Empereur et Eugénie se rendent à l’opéra où une soirée de gala est organisée en l’honneur du départ à la retraite d’un célèbre baryton. Arrivés rue Le Pelletier (où se trouvait l’opéra à l’époque), une terrible explosion suivie de deux autres retentissent.

Dans la rue, c’est la nuit, les becs de gaz ont explosé, la verrière de l’opéra a volé en éclats. La berline impériale vacille et vient s’écraser contre un mur. Un attentat ? Oui, un attentat et pas des moindres, des corps ensanglantés gisent sur les trottoirs, des cris de douleur percent la nuit. Un affreux spectacle.

L’Empereur et l’Impératrice sont indemnes, Eugénie est couverte du sang du général Roque qui se trouvait près d’elle. L’Empereur étourdi, les jambes flageolantes, s’extrait de la voiture au milieu des corps piétinés par les chevaux paniqués. Les secours s’organisent, on transporte les blessés dans une pharmacie ouverte.

Eugénie a gardé son sang-froid, il faut que l’Empereur se montre à l’opéra, déjà la rumeur court qu’il est mort.

Dans la salle éblouissante, l’explosion n’a provoqué aucun dégât. Un tonnerre d’applaudissements accueille le couple impérial. L’Empereur ordonne qu’on aille jusqu’au bout de la représentation. Mais à l’entracte, il lance au préfet Piétri : « Votre police se fait joliment bien » et aux ministres accourus « Avez-vous bien dîné ? »

Et les assassins ?

Le bilan de l’attentat est terrible, douze morts, plus de cent cinquante blessés. Sur la voiture impériale on relève quatre-vingts impacts, que les souverains soient épargnés relève du miracle !

Dans la nuit, on arrête l’ordonnateur de l’attentat, Félice Orsini, un fanatique au visage dévoré par la barbe, l’oeil sombre, flamboyant par instant. Il a abandonné son désir de devenir ecclésiastique pour épouser une double cause : libérer l’Italie de l’Autriche et du joug papal. Il s’inscrit à la giovana Italia dont Mazzini est le chef et le maître à penser. Orsini, au sein de la giovana Italia, prend des positions extrêmes. Pour lui l’assassinat fait partie du combat révolutionnaire. La décision d’assassiner l’empereur des Français pour déclencher une révolution en France amenant une république qui dans son esprit soutiendrait la cause italienne, entre tout à fait dans ce schéma. En bon fanatique, Orsini est convaincu de détenir la vérité.

Les plans de Cavour sont mis à mal, dès le 22 janvier, huit jours après l’attentat, Walewski le ministre des Affaires étrangères au nom de la France et de l’Empereur, proteste auprès du roi Victor-Emmanuel II : « De tels actes sont de nature à refroidir les sentiments amicaux qui existent entre le gouvernement français et le Piémont. » À son tour, Victor-Emmanuel proteste : « Il y a huit cent cinquante ans que nous portons la tête haute et que personne ne nous la fera baisser, et qu’avec tout cela, je ne désire autre chose que d’être son ami (à l’Empereur, ndlr). »

Un étrange procès

Le procès d’Orsini et de trois de ses complices s’ouvre le 25 février 1858. Digne, Orsini ne s’excuse pas. Il le reconnaît, il a voulu abattre Napoléon-III qui s’opposait à la libération de son pays.

Le terroriste a pris comme avocat le plus brillant d’entre eux, Jules Favre qui va, durant tout le procès, osciller entre le pathétique et l’émotionnel. Il plaide pour ceux qui sont prêts à mourir pour leurs idées. À tel point qu’Orsini s’estompe derrière la cause qu’il a pourtant si mal défendue. Coup de génie, Jules Favre lit une lettre d’Orsini, lecture autorisée par l’Empereur, événement tout à fait exceptionnel. Une lettre fort belle, sans doute « corrigée » par Jules Favre et inspirée par Piétri qui, lors de plusieurs visites à l’assassin, a convaincu celui-ci que la mort de Napoléon-III, n’aurait en aucune façon servi la cause italienne, bien au contraire. La lettre s’achève sur ces mots : « Que votre Majesté ne repousse pas le voeu suprême d’un patriote sur les marches de l’échafaud, qu’Elle délivre ma patrie et les bénédictions de vingt-cinq millions de citoyens la suivront dans la postérité. »

L’assemblée a écouté émue la lettre d’Orsini. Eugénie elle-même, reconnaît : « La lettre était très belle, un souffle patriotique semblait l’avoir inspirée. »

« Orsini n’est pas un assassin vulgaire, c’est un homme fier, il a mon estime », déclare l’Empereur qui, soutenu par l’impératrice, réclame le pardon et la grâce devant le Conseil des ministres. En vain. Il y a eu douze morts et des dizaines de blessés.

Orsini monte à l’échafaud le 13 mars et, devant une foule immense rassemblée pour l’exécution, s’exclame pour la dernière fois : « Vive l’Italie, vive la France ! »

Orsini a gagné d’une certaine façon. Napoléon-III désormais, est convaincu que l’affranchissement de l’Italie ne peut plus être remis.

En septembre de la même année, ce sera l’entrevue de Plombières, entrevue par laquelle nous avons commencé cette série, mais dans cette affaire complexe qui devait aboutir à l’unité italienne et à l’union de Nice à la France, il fallait remettre en lumière les prémices.

 (suite)

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